Visiter Montmartre en chansons par Les Boomeuses

par Yves Hardy sur Les Boomeuses, rubrique Lifestyles

cc Yves Hardy

Un circuit-découverte de deux heures autour de la Butte Montmartre ponctué de chansons a capella, hier entonnées par des chanteurs qui y ont vécu ou se sont produits dans les cabarets du quartier. Une réussite qui doit beaucoup à la voix généreuse et puissante de la jeune Anne-Sophie Guerrier.

Guide touristique et chanteuse, Anne-Sophie Guerrier a eu la bonne idée de quitter un moment le métro parisien pour faire découvrir son quartier à l’aide d’anecdotes et surtout d’une vingtaine de chansons. Début du circuit, place des Abbesses, devant le mur des « Je t’aime », déclinés en plus de 300 langues et dialectes. Hommage obligé à Edith Piaf et son fameux « Hymne à l’amour ».

Montmartre en chansons

« Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer
Et la Terre peut bien s’écrouler
Peu m’importe si tu m’aimes
Je me fous du monde entier »…

Dans les voisines rue Véron et rue Audran, il sera de nouveau question d’Edith Piaf

Elle y vécut dans des hôtels avec ses premiers amours et fut même amenée à se prostituer à moins de vingt ans, raconte Anne-Sophie, pour payer les funérailles de sa fille, Marcelle, décédée à deux ans d’une méningite foudroyante. Chanson de circonstance pour étayer le propos, « L’Accordéoniste » :

« La fille de joie est belle
Au coin de la rue là-bas
Elle a une clientèle
Qui lui remplit son bas
Quand son boulot s’achève
Elle s’en va à son tour
Chercher un peu de rêve
Dans un bal du faubourg
Son homme est un artiste
C’est un drôle de petit gars
Un accordéoniste
Qui sait jouer la java »…

cc Yves Hardy

Nous grimpons jusqu’au Moulin de la Galette, hier lieu de bals à ciel ouvert. L’occasion de se souvenir des mots de Lucienne Delyle :

« Les jolis moulins de la galette
À des ailes couleur du temps
Et les refrains de ses chansonnettes
Tournent, tournent au rythme du vent
Il fait danser garçons et fillettes
Et plus d’une un soir de printemps
Pour un p’tit béguin
À jeter bien loin
Son bonnet par-dessus le moulin »…

Plus loin, Dalida est la vedette incontestée des lieux. D’abord, rue d’Orchampt où elle habitait, puis, rue de l’Abreuvoir où un buste perpétue sa mémoire. L’occasion pour Anne-Sophie Guerrier de reprendre son « Je veux mourir sur scène » :

«  Il y a ceux qui veulent mourir un jour de pluie
Et d’autres en plein soleil
Il y a ceux qui veulent mourir seuls dans un lit
Tranquilles dans leur sommeil

… Moi je veux mourir sur scène
Devant les projecteurs
Oui, je veux mourir sur scène
Le cœur ouvert tout en couleurs
Mourir sans la moindre peine
Au dernier rendez-vous
Moi je veux mourir sur scène
En chantant jusqu’au bout »…

Nous débouchons bientôt dans la très huppée avenue Junot, qui, jadis, abritait des artistes modestes. Ainsi, Francisque Poulbot, passé à la postérité pour ses dessins de gamins des rues, les titis parisiens. Non loin, se produisait au cabaret « Le Chat noir », Aristide Bruant, dont le titre « Dans la rue » semble lui faire écho :

« Moi, je n’sais pas si j’suis d’Grenelle,
De Montmartre ou de la Chapelle,
D’ici, d’ailleurs ou de là-bas
Mais j’sais ben qu’la foule accourue,
Un matin, m’a trouvé su’ l’tas
Dans la rue »…

cc Yves Hardy

Le 41 de l’avenue Junot abritait au début des années 1940 le cabaret de Lucienne Boyer. « Elle avait apposée à l’entrée une affichette : Interdit aux Juifs. Un simple subterfuge pour protéger son mari, Jacques Pills, d’origine juive, qui se produisait dans ce même lieu ». Anne-Sophie Guerrier reprend sa casquette de chanteuse et entonne le grand succès de Lucienne Boyer, « Parlez-moi d’amour » :

« Parlez-moi d’amour
Redites-moi des choses tendres
Votre beau discours
Mon cœur n’est pas las de l’entendre
Pourvu que toujours
Vous répétiez ces mots suprêmes
Je vous aime

Vous savez bien
Que dans le fond je n’en crois rien
Mais cependant je veux encore
Écouter ces mots que j’adore

Votre voix aux sons caressants
Qui les murmure en frémissant
Me berce de sa belle histoire
Et malgré moi je veux y croire »….

cc Yves Hardy

Bientôt, nous faisons face au restaurant « La Maison rose ». Le décor rose bonbon semble avoir traversé les décennies, fidèle aux paroles de Charles Aznavour :

« Quand on descendait de la butte
Où je vivais à mes débuts
Nous y avions un coin de chute
Accroché à un coin de rue
On l’appelait la maison rose
Rose bonbon décolorée
Comme un maison de poupée
Qui dans mes souvenirs s’impose »…

Le temps d’un salut au cabaret « Le Lapin Agile », où l’on pouvait écouter hier, Georges Brassens, Léo Ferré ou Claude Nougaro, et nous empruntons les escaliers de la Butte, sur les pas de l’inoubliable Cora Vaucaire et de sa « Complainte de la Butte », écrite par Jean Renoir :

«  En haut de la rue St-Vincent
Un poète et une inconnue
S’aimèrent l’espace d’un instant
Mais il ne l’a jamais revue

Cette chanson il composa
Espérant que son inconnue
Un matin d’printemps l’entendra
Quelque part au coin d’une rue

La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous…

Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux »…

Jacques Brel, lui, faisait des apparitions « Aux trois Baudets et au « Tire-Bouchon ». Des visiteurs, attablés, entendent surpris et ravis Anne-Sophie, chanter à gorge déployée, « Quand on a que l’amour », aux résonances très actuelles :

« Quand on a que l’amour
Pour parler aux canons
Et rien qu’une chanson
Pour convaincre un tambour
Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis, le monde entier »…

Passage par la place du Tertre où les chevalets des peintres sont concurrencés par ceux des portraitistes prisés des touristes, av

ant de déboucher sur les hauteurs du Sacré Cœur. Fin de la visite, après un ultime couplet en l’honneur d’Edith Piaf :

« Sous le ciel de Paris
S’envole une chanson
Hum, hum
Elle est née d’aujourd’hui
Dans le cœur d’un garçon
Sous le ciel de Paris
Marchent des amoureux
Hum, hum
Leur bonheur se construit
Sur un air fait pour eux »…

Cette belle balade vous poursuit de longues heures encore et vous vous surprenez à fredonner, avec un brin de nostalgie, les airs montmartrois chantés avec talent par Anne-Sophie Guerrier…

Yves Hardy

Infos pratiques. Tarifs : 15 € pour les adultes. 8 € pour les moins de 18 ans et gratuit pour les moins de 8 ans.
Rendez-vous : place des Abbesses. Paris 18e. Tous les samedis à 14h15 pour les individuels (version française).
Tous les mardis à 14h15 pour les individuels (version anglaise). Jusqu’à la fin de l’automne. Inscriptions et informations pour les groupes sur : https://montmartreenchansons.com

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